Publié le lundi 11 août 2008

Un trio d’irresponsables

11 08 2008

Je ne peux m’empêcher de parler des événements survenus à Montréal Nord depuis deux jours. Je ne vais pas me prononcer sur la fusillade de samedi. Je pense qu’il faut attendre les conclusions de l’enquête pour savoir ce qui s’est vraiment passé. Actuellement, même les témoins oculaires se contredisent. Ce qui importe, c’est que l’enquête soit rapide et transparente. Malheureusement quand je constate le manque de leadership de Jacques Dupuis, le ministre de la sécurité publique, j’ai un doute.

Au moment où j’écris ces lignes, en début d’après-midi lundi, le ministre à décidé de ne pas se prononcer sur la situation. Pourtant, c’est lui qui est responsable de la Sureté du Québec qui est chargée de l’enquête. Il doit expliquer à la population comment cela va se faire, car il ne s’agit pas d’un événement ordinaire ni d’une enquête de routine. Si l’affaire est traitée ainsi, on va passer à côté de l’essentiel. Ce qui s’est produit depuis 48 heures a une portée sociale et raciale trop importante pour la balayer sous le tapis. La mort du jeune Freddy Villanueva n’est pas un fait divers. Elle doit servir à un examen de conscience et à une réflexion profonde sur la façon dont nous traitons les immigrants et leurs enfants. Je l’ai écris à plusieurs reprises auparavant et je vais encore taper sur le même clou, le taux de chômage chez les immigrants, particulièrement les jeunes, est un scandale. 30% d’entre eux sont pris dans les cercles vicieux du sous emploi qui cause la pauvreté et entraîne la violence et la délinquance. Pas besoin d’être sociologue pour comprendre que des jeunes de 20 ans qui se sentent dévalorisés par leur race ou leur origine ethnique, qui ne vont plus à l’école et qui n’ont pas d’emplois, vont prendre des moyens plus ou moins légaux pour tenter de se procurer l’argent nécessaire pour vivre au même niveau que la moyenne des québécois. Honnêtement, si nous étions dans leur situation, nous ferions la même chose. Nous n’avons pas de leçon à leur donner. Tous ceux qui connaissent bien la situation à Montréal Nord, les intervenants sociaux, les profs des écoles du quartier et les  citoyens déclarent que ça fait des années qu’ils savent que la marmite va sauter. Qu’avons-nous fait pendant ce temps-là? Rien, nous nous sommes comportés en Dupuis. Nous avons fermé les yeux en espérant que le problème se résorbe de lui-même par miracle. C’est sans doute le souhait qu’ont fait le maire Tremblay et le directeur du SPVM, Yvan Delorme, en se couchant samedi soir.

La dernière chose que devaient se permettre ces deux irresponsables, c’est de dormir sur leurs deux oreilles après qu’un policier ait abattu et blessé trois jeunes dans le quartier le plus explosif de Montréal. C’est incroyable que tout n’est pas était fait pour rassurer la population dans les heures qui ont suivi la fusillade. Les effectifs de la police dans le quartier auraient du être multipliés pendant toute la journée de dimanche. L’escouade anti-émeute aurait du être visible et à pied d’œuvre pour prévenir les débordements depuis le début des manifestations dans les rue. Les services d’urgence, la police, les pompiers et les ambulanciers auraient du être réunis tôt dimanche matin pour se coordonner et prévoir des scénarios pour faire face à ce qui risquait de se produire. J’imagine qu’on ne peut pas penser à tout ça quand on dort du sommeil du juste. Alors on a assisté au même spectacle d’improvisation que nous avons déjà vu autour du Centre Bell et du Forum.  À Montréal, le légendaire flair policier est amputé du sens de l’anticipation.  

Ce n’est pas avec un trio composé des Dupuis, Tremblay, et Delorme que Montréal va gagner la coupe de la sécurité publique cette année. Ils ont intérêt à patiner plus vite et à travailler plus fort dans les coins s’ils ne veulent pas être échangés dans un avenir prévisible.